Elle colle un post-it pour chaque tâche depuis la rentrée : fin octobre, son écran est couvert et elle n'arrive plus à commencer

Elle colle un post-it pour chaque tâche depuis la rentrée : fin octobre, son écran est couvert et elle n’arrive plus à commencer

Il est huit heures dix, à Caluire, et la bouilloire siffle dans la cuisine encore sombre. Claire pose sa tasse à côté du clavier, allume l'ordinateur, et l'écran s'éclaire derrière une frange de carrés jaunes. Un post-it se décolle, tombe en planant sur la moquette. Elle le ramasse, lit « dossier mutuelle », le recolle un peu plus bas, et reste là, les mains immobiles.

Il coupe lui-même les branches du noyer voisin qui débordent sur sa terrasse : le lundi suivant, un courrier recommandé l'attend sur le pas de la porte

Il coupe lui-même les branches du noyer voisin qui débordent sur sa terrasse : le lundi suivant, un courrier recommandé l’attend sur le pas de la porte

Il était dix heures, ce samedi de novembre, et la terrasse de Thierry disparaissait sous une couche de feuilles brunes et de coques noires. Le moteur de la tronçonneuse toussa deux fois avant de démarrer. Au-dessus de lui, les longues branches du noyer voisin s'étiraient comme chaque automne. Thierry, 58 ans, cala l'échelle contre le mur et grimpa sans hésiter.

Il râpe son savon de Marseille pour laver tout son linge près de Montpellier : quatre mois plus tard, ses serviettes blanches sont devenues grises

Il râpe son savon de Marseille pour laver tout son linge près de Montpellier : quatre mois plus tard, ses serviettes blanches sont devenues grises

Le samedi matin, vers huit heures, Julien râpe son pain de savon de Marseille au-dessus d'un saladier en inox. Les copeaux tombent en fines boucles beiges, la cuisine sent l'huile d'olive et le linge propre. Dehors, à Castelnau-le-Lez, les cigales ne chantent pas encore. Il verse l'eau chaude, remue avec une cuillère en bois, et regarde la lessive prendre lentement.

Il quitte son bureau de Blagnac chaque vendredi avec un dossier ouvert : le dimanche soir, la même phrase revient encore sous la douche

Il quitte son bureau de Blagnac chaque vendredi avec un dossier ouvert : le dimanche soir, la même phrase revient encore sous la douche

Vendredi, dix-huit heures douze, zone d'activités de Blagnac. La climatisation s'arrête avec un claquement sec, et Julien, 41 ans, referme son ordinateur sur un tableau à moitié rempli. Il entend le bip du badge, le gravier du parking sous ses semelles, l'avion qui décolle au loin. Il se promet de ne plus y penser. Il y pensera pourtant jusqu'au lundi matin.

Il réserve un élagueur pour abattre le vieux cèdre de son jardin : la veille, la mairie l'appelle et lui parle d'une ligne du PLU

Il réserve un élagueur pour abattre le vieux cèdre de son jardin : la veille, la mairie l’appelle et lui parle d’une ligne du PLU

Il était sept heures et demie, un mardi de février, et la brume collait encore aux tuiles du garage. Gérard, tasse à la main, regardait les aiguilles du cèdre tomber sur la gouttière, comme chaque matin. Un craquement sec est venu d'en haut, une branche morte a glissé le long du tronc. Il a posé sa tasse sur le muret et s'est dit que, cette fois, c'était décidé.

Il choisit un pot de miel au marché de Noël d'Obernai : au dos de l'étiquette champêtre, il compte quatre pays de récolte

Il choisit un pot de miel au marché de Noël d’Obernai : au dos de l’étiquette champêtre, il compte quatre pays de récolte

Il est dix-huit heures passées sur la place d'Obernai, et le vin chaud fume dans des gobelets en carton. Thomas souffle sur ses doigts engourdis, devant un chalet de bois où s'alignent des pots dorés sous une guirlande. Une clochette tinte au-dessus du comptoir. Il saisit un pot à l'étiquette fleurie, ornée d'une ruche en paille et d'un petit drapeau tricolore.

Elle frotte au vinaigre blanc la table en marbre de sa grand-mère : le lendemain, des auréoles mates et rugueuses couvrent tout le plateau

Elle frotte au vinaigre blanc la table en marbre de sa grand-mère : le lendemain, des auréoles mates et rugueuses couvrent tout le plateau

Il était presque vingt-deux heures, la fenêtre ouverte laissait entrer le chant des grillons et l'odeur des tilleuls. Hélène, 47 ans, penchée sur la table de sa grand-mère, frottait en cercles patients avec une éponge imbibée de vinaigre blanc. Le marbre crissait doucement sous ses doigts. Les traces de verres de l'apéritif s'effaçaient, et elle souriait, contente d'avoir évité un produit chimique de plus.

Elle demande à son voisin de vider sa gouttière pleine de feuilles de chêne : le conciliateur de justice lui répond tout autre chose

Elle demande à son voisin de vider sa gouttière pleine de feuilles de chêne : le conciliateur de justice lui répond tout autre chose

Il était sept heures, un mardi de novembre, et la pluie tambourinait sur le toit de la petite maison de Lucé, près de Chartres. Martine, 67 ans, a entendu le bruit avant de le comprendre : un clapotis lourd, régulier, juste derrière la fenêtre de la cuisine. Elle a soulevé le rideau. L'eau tombait en cascade du bord du toit, droit sur les marches du perron.

Il arrache tout le lierre de son vieux chêne près de Dijon : au printemps suivant, plus une mésange ni un rouge-gorge au jardin

Il arrache tout le lierre de son vieux chêne près de Dijon : au printemps suivant, plus une mésange ni un rouge-gorge au jardin

Un samedi de février, vers neuf heures, la gelée blanchissait encore la pelouse derrière la maison de Bernard, à Fontaine-lès-Dijon. Il avait posé l'échelle contre le vieux chêne, enfilé ses gants de cuir, et la scie égoïne mordait déjà dans une tige épaisse comme un poignet. Un craquement sec, puis le froissement des feuilles qui glissaient le long du tronc jusqu'au sol gelé.

Il trouve des dizaines de coccinelles serrées dans le cadre de sa fenêtre : trois semaines plus tard, elles sont dans le salon

Il trouve des dizaines de coccinelles serrées dans le cadre de sa fenêtre : trois semaines plus tard, elles sont dans le salon

Il était un peu plus de quatre heures, ce mardi de début novembre, et le soleil bas tapait encore sur la façade sud. Bernard a tiré le rideau du bureau, la tringle a grincé comme d'habitude. Dans l'angle de l'encadrement, contre le joint en caoutchouc, une grappe orange bougeait doucement. Des dizaines de coccinelles, serrées les unes contre les autres, comme un tas de lentilles vivantes.

Elle plante soixante bulbes de tulipes un samedi d'octobre près de Lille : en mars, chaque trou qu'elle creuse est vide sous la terre

Elle plante soixante bulbes de tulipes un samedi d’octobre près de Lille : en mars, chaque trou qu’elle creuse est vide sous la terre

Le sécateur posé sur la margelle du puits, Nadine tassait la terre du plat de la main, un genou dans l'herbe mouillée. Il était à peine dix heures, ce samedi d'octobre, et la brume traînait encore sur les toits de Lomme. Dans le sac en papier kraft, il restait trois bulbes. Elle avait compté : soixante en tout, rouges et blancs, pour le printemps.

Il baisse sa pompe à chaleur à 16 °C chaque nuit près de Reims : en décembre, son compteur affiche plus que l'hiver précédent

Il baisse sa pompe à chaleur à 16 °C chaque nuit près de Reims : en décembre, son compteur affiche plus que l’hiver précédent

Il est 5 h 58, la maison dort encore à la sortie de Reims. Dans le garage, un petit claquement sec se fait entendre, puis un ronronnement monte dans le groupe extérieur posé contre le mur. Dans le couloir, le thermostat affiche 16 °C et clignote doucement. Thierry, en pantoufles, regarde l'écran sans savoir qu'il observe la source de son problème.

Il veut relouer en janvier le studio vide de sa mère près de Reims : l'agence lit le vieux diagnostic et refuse le mandat

Il veut relouer en janvier le studio vide de sa mère près de Reims : l’agence lit le vieux diagnostic et refuse le mandat

Le radiateur électrique cliquetait en refroidissant, seul bruit dans le studio vide. Il était dix heures, un mardi de décembre, et Philippe venait de poser sur le plan de travail une chemise cartonnée pleine de papiers jaunis. Dehors, la buée couvrait la vitre simple qui donne sur les vignes. Dans une heure, l'agence de Reims devait passer pour reprendre la location.

Elle remplace les halogènes de son salon par des LED près de Nîmes : le soir même, toutes clignotent dès qu'elle touche le variateur

Elle remplace les halogènes de son salon par des LED près de Nîmes : le soir même, toutes clignotent dès qu’elle touche le variateur

Il était un peu plus de vingt heures, la chaleur de septembre traînait encore sur les tomettes du salon. Sylvie a reposé l'escabeau contre le buffet, satisfaite, la dernière ampoule vissée. Elle a tourné la petite molette blanche près de la porte, comme chaque soir. Un grésillement léger, puis les six lumières se sont mises à battre ensemble, comme un cœur affolé.

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