Elle pose de longs rideaux épais dans son salon près de Besançon : le radiateur chauffe au maximum et la pièce reste à 17 degrés

Elle pose de longs rideaux épais dans son salon près de Besançon : le radiateur chauffe au maximum et la pièce reste à 17 degrés

Il est dix-huit heures, un mardi de novembre, et la nuit est déjà tombée sur les toits de Montfaucon, au-dessus de Besançon. Martine tire d'un geste ample les grands rideaux de velours bordeaux, qui glissent sur leur tringle avec un frottement doux. Le tissu tombe jusqu'au parquet. Elle pose la main sur le radiateur, brûlant, puis s'enroule dans un plaid en frissonnant.

Elle nettoie chaque matin son plan en marbre au vinaigre blanc : un mois plus tard, des auréoles mates apparaissent là où elle frotte le plus

Elle nettoie chaque matin son plan en marbre au vinaigre blanc : un mois plus tard, des auréoles mates apparaissent là où elle frotte le plus

Sept heures et quart, près de Nîmes. Le soleil entre de biais par la fenêtre de la cuisine et glisse sur le plan de travail en marbre blanc. Hélène vaporise trois jets de vinaigre, le petit sifflement du pulvérisateur couvre un instant la radio. Elle frotte en cercles, comme chaque matin, puis s'arrête net : sous la lumière rasante, une tache grise et mate refuse de briller.

Elle ajoute des cristaux de soude à chaque lessive près de Nancy : son pull en laine ressort rêche et rétréci de deux tailles

Elle ajoute des cristaux de soude à chaque lessive près de Nancy : son pull en laine ressort rêche et rétréci de deux tailles

Samedi, neuf heures, dans une petite maison de Laxou, sur les hauteurs de Nancy. La machine termine son essorage avec un dernier hoquet métallique, la buanderie sent le linge chaud et le café froid. Claire ouvre le hublot, tire une manche grise, puis s'arrête net. Le pull qu'elle tient entre ses doigts est raide comme du carton, et il a perdu deux tailles.

Il ferme ses volets jour et nuit tout l'hiver près de Dijon : sa facture de chauffage grimpe de 180 euros en une saison

Il ferme ses volets jour et nuit tout l’hiver près de Dijon : sa facture de chauffage grimpe de 180 euros en une saison

Sept heures et demie, un mardi de janvier, à Chenôve. Dans la cuisine de Gérard, 67 ans, la lampe du plafond brille comme en pleine nuit. Les volets roulants sont baissés, comme la veille et l'avant-veille. La chaudière ronronne derrière la porte du cellier, la radio annonce moins deux degrés sur la Côte-d'Or, et Gérard remplit sa tasse en se félicitant d'être bien à l'abri.

À 68 ans, près de Limoges, elle répond à son conseiller bancaire : trois minutes plus tard, 3 200 euros ont quitté son compte

À 68 ans, près de Limoges, elle répond à son conseiller bancaire : trois minutes plus tard, 3 200 euros ont quitté son compte

Mardi, dix heures passées, la bouilloire sifflait encore sur la gazinière quand le téléphone a vibré contre la toile cirée. Monique, 68 ans, a reconnu le numéro de son agence, à Limoges, celui qu'elle compose depuis vingt ans. Une voix d'homme, calme, polie, lui a annoncé qu'un virement suspect partait de son compte. Il fallait agir vite, ensemble, tout de suite.

Il remplace seul le grillage rouillé qui le sépare de son voisin : la moitié de la facture revient avec un refus poli

Il remplace seul le grillage rouillé qui le sépare de son voisin : la moitié de la facture revient avec un refus poli

Samedi, sept heures et demie, la brume traînait encore sur les vignes au bout du lotissement. Gérard, 64 ans, tirait sur un piquet de fer qui ne voulait pas sortir de la terre gelée. Le grillage vert délavé crissait sous ses gants, et des écailles de rouille tombaient sur ses bottes. Derrière la haie, chez le voisin, les volets étaient encore fermés.

Elle vide chaque semaine les cendres de son poêle dans le composteur : au printemps, ses myrtilliers jaunissent malgré des arrosages quotidiens

Elle vide chaque semaine les cendres de son poêle dans le composteur : au printemps, ses myrtilliers jaunissent malgré des arrosages quotidiens

Le dimanche matin, vers neuf heures, le poêle de Claire est froid depuis la veille. Elle ouvre le cendrier, un petit nuage gris lui monte au visage, et elle verse le tout dans un seau en zinc qui tinte. Dehors, au fond du jardin de Saône, près de Besançon, le composteur en bois l'attend sous le noisetier, couvercle entrouvert.

Elle lave son parquet au savon noir chaque semaine depuis un an : le bois devient gris et colle désormais sous les chaussettes

Elle lave son parquet au savon noir chaque semaine depuis un an : le bois devient gris et colle désormais sous les chaussettes

Le dimanche matin, vers neuf heures, Claire remplit le seau bleu sous le robinet de la buanderie. Le chat attend sur la troisième marche, la radio grésille dans la cuisine. Elle verse une bonne rasade de savon noir, regarde la mousse brune monter, puis attaque le salon. Sous ses chaussettes de laine, le parquet accroche légèrement, avec un petit bruit de ventouse.

Il fait arracher le lierre du vieux chêne au fond de son jardin : son beau-frère paysagiste arrive le lendemain et regarde longtemps le tronc nu

Il fait arracher le lierre du vieux chêne au fond de son jardin : son beau-frère paysagiste arrive le lendemain et regarde longtemps le tronc nu

Le moteur de la tronçonneuse s'est tu vers dix heures, et dans le silence on n'entendait plus que les lianes qui glissaient le long de l'écorce. Au fond du jardin, près d'Alençon, Gérard regardait son vieux chêne se dénuder par plaques. Une odeur verte, poivrée, montait du tas de lierre coupé. Il avait l'impression d'avoir enfin rendu service à son arbre.

Il raccorde sa cuve d'eau de pluie aux toilettes près de Poitiers : un an plus tard, sa facture d'assainissement n'a pas bougé d'un centime

Il raccorde sa cuve d’eau de pluie aux toilettes près de Poitiers : un an plus tard, sa facture d’assainissement n’a pas bougé d’un centime

Il était un peu plus de sept heures, et la pluie tambourinait sur le toit de tôle de l'abri de jardin. Thierry, une tasse de café à la main, écoutait la gouttière déborder dans la cuve enterrée. Sous ses pieds, cinq mille litres se remplissaient sans bruit. Dans la maison, la chasse d'eau venait de tirer, alimentée par cette eau-là, et il souriait.

Elle émiette son pain rassis chaque matin pour les mésanges du jardin : sa nouvelle voisine, bénévole à la LPO, lui demande d'arrêter

Elle émiette son pain rassis chaque matin pour les mésanges du jardin : sa nouvelle voisine, bénévole à la LPO, lui demande d’arrêter

Il était sept heures et quart, la bouilloire sifflait doucement dans la cuisine de Josette, à Fontaine-lès-Dijon. Elle a poussé la porte-fenêtre d'un coup d'épaule, la planche à pain sous le bras. Le gel craquait sous ses chaussons. Sur le muret, deux moineaux attendaient déjà, gonflés comme des pelotes, pendant qu'elle émiettait la baguette de l'avant-veille entre ses doigts engourdis.

Elle achète une bouilloire pour sa sœur près de Toulouse : le lendemain, le vendeur refuse de la reprendre malgré le ticket de caisse

Elle achète une bouilloire pour sa sœur près de Toulouse : le lendemain, le vendeur refuse de la reprendre malgré le ticket de caisse

Samedi, dix-huit heures, la galerie commerciale de Portet-sur-Garonne bourdonnait encore sous les néons. Camille tenait le carton à deux mains, une bouilloire en inox brossé, celle que sa sœur regardait depuis des mois. À la caisse, le bip du scanner, le ticket qui sort en ruban tiède. Elle l'a plié en deux, glissé dans son portefeuille, sans même le lire.

Il attend la Toussaint depuis la rentrée près d'Amiens : le deuxième matin au gîte, il se réveille fiévreux et courbaturé

Il attend la Toussaint depuis la rentrée près d’Amiens : le deuxième matin au gîte, il se réveille fiévreux et courbaturé

Sept heures dix, un mardi d'octobre, dans un gîte en briques au bord de la Somme. La pluie tapote le velux, la chaudière ronronne dans le cellier. Julien veut se lever pour faire le café, comme chaque matin. Ses jambes refusent. Sa nuque brûle, ses épaules pèsent comme des sacs de sable, et sous la couette, il grelotte.

Elle loue depuis six ans un studio près de Limoges : en octobre, son locataire lui écrit le mot « indécent » dans une lettre

Elle loue depuis six ans un studio près de Limoges : en octobre, son locataire lui écrit le mot « indécent » dans une lettre

La boîte aux lettres a grincé comme chaque samedi matin, vers neuf heures, quand Martine est descendue chercher le pain. Entre une publicité de supermarché et la facture d'eau, une enveloppe blanche écrite à la main, timbrée en lettre suivie. Elle a reconnu l'écriture penchée de Yanis, son locataire. Debout dans l'entrée, encore en chaussons, elle a lu le mot indécent deux fois.

Ils retrouvent leur chat chez un vétérinaire près de Tours : la puce électronique affiche le nom d'une femme qu'ils n'ont jamais rencontrée

Ils retrouvent leur chat chez un vétérinaire près de Tours : la puce électronique affiche le nom d’une femme qu’ils n’ont jamais rencontrée

Il était presque vingt-deux heures, et la gamelle de croquettes n'avait pas bougé depuis le matin. Sarah a secoué la boîte en carton sur la terrasse, ce petit bruit sec que Pilou reconnaissait de n'importe où dans le jardin. Rien n'est venu. Juste le vent dans la haie de lauriers et, au loin, un chien qui aboyait vers la Loire.

Elle déplace la litière de son chat dans la buanderie près de Tours : une semaine plus tard, il urine sur le paillasson de l'entrée

Elle déplace la litière de son chat dans la buanderie près de Tours : une semaine plus tard, il urine sur le paillasson de l’entrée

Il était sept heures et quart, la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine. Camille a ouvert la porte d'entrée pour prendre le pain laissé par le voisin, et son pied nu s'est posé sur quelque chose d'humide. Le paillasson en fibre de coco sentait fort, une odeur âcre qu'elle connaissait trop bien. Dans le couloir, Pacha la regardait, immobile, la queue basse.

Il paie ses œufs plus cher pour une poule dessinée dans un pré : sur la coquille, le code tamponné commence par un 3

Il paie ses œufs plus cher pour une poule dessinée dans un pré : sur la coquille, le code tamponné commence par un 3

Le samedi matin, vers neuf heures, la supérette de Mellac sent le pain chaud et le carton mouillé. Yannick pousse son chariot d'une main, l'autre dans la poche de son ciré. Devant le rayon des œufs, il ne réfléchit pas : il attrape la boîte jaune avec la poule rousse dans l'herbe, celle qu'il prend depuis des années, et la pose doucement sur les poireaux.

Il sort son souffleur thermique un dimanche à 9 heures près de Toulouse : le voisin sonne avec une feuille imprimée à la main

Il sort son souffleur thermique un dimanche à 9 heures près de Toulouse : le voisin sonne avec une feuille imprimée à la main

Dimanche, 9 h 04, dans un lotissement de Colomiers. Le moteur du souffleur toussote deux fois, puis rugit en emportant les feuilles de platane vers le portail. Bruno, 58 ans, casque antibruit sur les oreilles, avance en ligne droite sur l'allée encore humide. Il ne voit pas tout de suite la silhouette en pantoufles qui traverse la rue, une feuille blanche pliée en deux à la main.

À 68 ans, elle dépasse son découvert de 23 euros pendant trois jours : son relevé affiche 24 euros de commissions qu'elle ne comprend pas

À 68 ans, elle dépasse son découvert de 23 euros pendant trois jours : son relevé affiche 24 euros de commissions qu’elle ne comprend pas

Le samedi matin, à Rivesaltes, le marché commence à huit heures et Josette arrive toujours avant. Ce jour-là, elle s'est arrêtée devant la boîte aux lettres, l'enveloppe de la banque sous le pouce, le cabas encore plié sur le bras. Un camion de livraison reculait en bipant dans la rue. Elle a ouvert le relevé debout, sur le trottoir, et a cherché ses lunettes.

Il brûle ses feuilles mortes au fond de son jardin près de Bourges : le lundi, la mairie lui écrit et parle de 450 euros

Il brûle ses feuilles mortes au fond de son jardin près de Bourges : le lundi, la mairie lui écrit et parle de 450 euros

Samedi, neuf heures et demie, près de Bourges. Le brouillard traînait encore sur la pelouse quand Gérard a craqué l'allumette au fond du jardin. Les feuilles de chêne, humides, ont d'abord sifflé, puis une fumée grise et épaisse est montée droit au-dessus de la haie de thuyas. Il s'est appuyé sur sa fourche, satisfait, une tasse de café tiède posée sur le muret.

Il solde le prêt de sa maison près de Rennes avec l'héritage de sa tante : sur le décompte, 1 900 euros de pénalités l'attendent

Il solde le prêt de sa maison près de Rennes avec l’héritage de sa tante : sur le décompte, 1 900 euros de pénalités l’attendent

Il était sept heures moins le quart, et la pluie fine de novembre tapait sur le velux de la cuisine, à Bruz. Yannick, 58 ans, tournait sa cuillère dans un bol de café trop chaud. Devant lui, une enveloppe de la banque, ouverte à moitié. Il avait reconnu le logo avant même ses lunettes, et il souriait, parce qu'il croyait savoir ce qu'elle contenait.

Elle pose un bouquet de lys sur la commode pour la Toussaint : au matin, son chat a le bout du nez couvert de pollen orange

Elle pose un bouquet de lys sur la commode pour la Toussaint : au matin, son chat a le bout du nez couvert de pollen orange

Le radiateur cliquetait doucement dans le salon, et dehors, la pluie de novembre tapait contre les volets de la petite maison de Joué-lès-Tours. Il était à peine sept heures. Brigitte, 58 ans, descendait l'escalier en peignoir quand elle a vu Filou assis sur le tapis, immobile, le bout du nez barbouillé d'une poudre orange vif.

Elle fait poser six kilowatts-crête de panneaux sur son toit près de Perpignan : en septembre, le relevé de l'été affiche à peine quarante euros

Elle fait poser six kilowatts-crête de panneaux sur son toit près de Perpignan : en septembre, le relevé de l’été affiche à peine quarante euros

Le facteur a déposé l'enveloppe vers onze heures, entre une publicité de pizzeria et le journal de la commune. Sur la terrasse, Sylvie a posé sa tasse sur la table en fer, le carrelage déjà tiède sous ses pieds nus. Au-dessus d'elle, les panneaux brillaient dans le ciel de septembre. Elle a déchiré le papier, lu la ligne du bas, puis l'a relue.

Il tond sa pelouse chaque dimanche à onze heures depuis douze ans : un matin, une feuille surlignée l'attend dans sa boîte aux lettres

Il tond sa pelouse chaque dimanche à onze heures depuis douze ans : un matin, une feuille surlignée l’attend dans sa boîte aux lettres

Dimanche, onze heures moins cinq, dans un lotissement de Changé, près du Mans. Gérard tire sur le lanceur de sa tondeuse, le moteur tousse puis rugit, l'odeur d'essence monte dans l'air encore frais. Sur la haie, un merle s'envole. Gérard avance en lignes droites, comme chaque semaine depuis douze ans, sans savoir que derrière le grillage, quelqu'un regarde sa montre.